Archive | juillet, 2012

Pas de civilisation grecque sans Jeux Olympiques !

25 Juil parthenon

Les jeux Olympiques de Londres nous raccrochent à une histoire lointaine. Ils marquent une filiation entre la civilisation grecque qui les a inventés et notre civilisation contemporaine occidentale qui les a rénovés. C’est le seul événement, malgré une interruption de plusieurs siècles, qui nous relie directement à l’Antiquité. Déjà à l’époque, les Jeux Olympiques représentaient bien plus qu’une simple compétition sportive.

La récréation des guerres grecques de l’Antiquité

Les premières traces des jeux de l’Antiquité remontent au IXe siècle avant notre ère. C’est le roi d’Elide qui en aurait eu l’idée. Il était à la tête d’un petit royaume sans défense, en proie aux luttes incessantes auxquelles se livraient ses voisins. Pour épargner la guerre à son peuple, il proposa que son état soit reconnu neutre. En échange, il accueillerait tous les 4 ans une grande cérémonie religieuse et sportive à Olympie. L’ensemble des cités grecques y enverrait son champion et une trêve générale serait instaurée pour leur permettre de traverser la Grèce sans danger. Poussée par le besoin de souffler entre les conflits, la plupart des citées grecques adhérèrent à l’idée olympique. Ainsi dès 776 av. J.-C. les jeux furent organisé régulièrement et le petit royaume d’Elide eu la paix pendant plusieurs siècles.

Le même spectacle qu’aujourd’hui

Les épreuves et le nombre des participants étaient beaucoup plus faibles qu’aujourd’hui, mais les jeux de l’Antiquité étaient très semblables aux Jeux Olympiques contemporains. Dédiés à l’origine à la domination de Zeus, c’est l’esprit grec qu’on célébrait plus généralement à travers cette grande compétition sportive. Les athlètes qui honoraient les dieux et leurs cités respectives par leurs victoires croulaient sous les honneurs. Les plus titrés d’entre eux étaient connus dans la Grèce entière. Progressivement, ils se mirent à défendre les couleurs de la cité qui leur promettait la plus grosse prime en cas de victoire, marquant ainsi les grands les débuts du sport professionnel. Mais au-delà de la compétition sportive, les jeux ont rapidement pris un rôle fondamental pour le monde grec.

Le ciment idéologique du monde grec

Tous les 4 ans, ils marquent une période de paix pendant laquelle les différents peuples grecs prennent la mesure de tout ce qui les rapproche et les unis. Les Jeux Olympiques sont le seul événement qui donne une réalité politique au monde grec et célèbre sa supériorité sur les mondes dits « barbares ». Ils ont donc eu un rôle essentiel pour fédérer les Grecs, notamment lorsque ceux-ci étaient menacés par les Perses. Sans le succès de ce puissant ciment idéologique que représentaient les Jeux Olympiques pour les Grecs de l’Antiquité, nous ne parlerions peut-être pas aujourd’hui d’une « civilisation grecque ». Les Jeux Olympiques de l’ère moderne représentent-ils à leur tour l’assurance vie du modèle occidental  ? Ne seraient-ils qu’un outil idéologique célébrant sa cohésion et sa supériorité ? A suivre.

J.R.

Sources :

– COUBERTIN, Pierre de, Coubertin autographe, éd. Cabédita, Lausanne, 2003.
– AUGUSTIN, Jean-Pierre, GILLON, Pascal, l’Olympisme : bilan et enjeux géopolitiques, A.Collin, Paris 2004.
– BERNAND, André, La joie des jeux : aux origines du sport olympique, Tana, Londres, 2003.

Tombouctou et l’intégrisme religieux

18 Juil manuscrits tombouctou

Comment doit-on comprendre la prise de pouvoir de Tombouctou par des intégristes musulmans? N’est-ce que la répétition des luttes séculaires qui ont toujours opposées épisodiquement les Touaregs et les populations sédentaires de la région ou sommes-nous face à un phénomène nouveau ?

 Des luttes intestines plusieurs fois séculaires

Comme nous l’évoquions dans un article précédent (voir l’article: « Tombouctou: une cité fantasmagorique« ), les populations sédentaires qui contrôlaient traditionnellement Tombouctou pratiquaient un islam modéré. Depuis la fondation de la cité, elles sont souvent entrées en conflit avec les Touaregs nomades qui leur reprochaient notamment leur manque d’orthodoxie. Lorsque le pouvoir central installé plus au Sud faiblissait, ils en profitaient pour s’emparer de la ville et y rétablir les « bonnes moeurs ». Malgré les luttes, ces deux groupes qui cohabitent dans la région de Tombouctou depuis des siècles sont trop complémentaires et interdépendants pour s’affronter durablement. Ainsi, ils ont toujours su se rassembler pour opposer une résistance farouche et déterminée aux envahisseurs marocains, portugais, anglais puis français qui se sont succédés les uns après les autres au fil des siècles pour tenter de conquérir la ville mythique.

 La reproduction d’un schéma historique 

Lorsque le 22 mars dernier la junte renverse le pouvoir central malien à Bamako et que les touaregs du MLNA profitent dans la foulée de cette instabilité politique pour prendre le contrôle de Tombouctou, on pourrait croire que l’histoire ne faisait que se répéter une fois de plus. La lutte d’influence entre sédentaires et nomades s’inscrivant ainsi parfaitement dans une continuité historique. Les Touaregs ont profité de la débâcle des armées de Kadhafi au printemps dernier pour s’emparer de leurs armes et de leurs missiles. Fort de cet arsenal providentiel glané suite à l’intervention occidentale en Lybie, ils se sont alliés avec les islamistes fondamentalistes d’Aqmi et des groupes de djihadistes venus des quatre coins du monde musulmans pour prendre le contrôle de Tombouctou, comme à chaque fois depuis plusieurs siècles que le pouvoir central qui contrôlait la ville depuis le Sud périclitait.

L’intrusion des fondamentalistes religieux

Mais cette alliance de circonstance entre Touaregs et salafistes s’est rapidement disloquée en faveur de ces derniers. Peu après s’être emparés de Tombouctou, les Touaregs du MLNA en ont rapidement été chassés par leurs anciens alliés djihadistes qui contrôlent désormais seuls ce haut lieu d’un Islam tolérant et éclairé, imposant la charia à ses habitants et saccageant sans vergogne les très anciennes collections de manuscrits de la ville. Ces intrus ont profité d’une crise politique et humanitaire pour déplacer dans cette région de l’Afrique leur guerre aveugle contre l’Occident et contre tous ceux qu’ils considèrent être de mauvais musulmans. Il ne reste plus à espérer aujourd’hui qu’ils connaissent le même sort que les envahisseurs d’antan et que les populations sédentaires et nomades de la région s’unissent pour vaincre ensemble ces étrangers violents et destructeurs.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

Tombouctou : une cité fantasmagorique

11 Juil

Avant que des terroristes fondamentalistes ne se soient emparés de Tombouctou au printemps dernier en y imposant une pratique stricte et totalitaire de l’Islam, peu aurait pu placer cette ville fantasmagorique sur une carte de l’Afrique. Loin des considérations géopolitiques qui hantent aujourd’hui l’actualité, revenons sur l’histoire mystérieuse de cette ville perdue aux confins du Sahara.

 Une ville millénaire

Tombouctou est fondée vers 1100 dans le nord du Mali actuel, non loin du fleuve Niger et aux portes du Sahara. Cohabitaient alors dans cette région des populations sédentaires agricoles et des nomades Touaregs qui s’y ressourçaient avant de transhumer dans le désert. Haut lieu de l’enseignement islamique depuis le XIVe siècle Tombouctou était avant tout un important carrefour commercial, le point de départ des caravanes qui remontaient des denrées précieuses venues du Sud à travers le Sahara jusqu’aux rives de la Méditerranée. Avant la conquête de l’Amérique du Sud par les Espagnols et les Portugais, c’est par cette ville que transitait notamment la plus grande partie de l’or utilisé en Europe.

 Des mythes à la réalité

Avant sa découverte tardive par les Européens au XIXe siècle, Tombouctou représentait un eldorado inaccessible. De nombreux explorateurs sont morts en tentant de l’atteindre par le Sud en se frayant un passage dans d’épaisses forêts ou en passant par le Nord à travers les portions les plus arides du Sahara. On a longtemps cru que ses rues étaient pavées d’or. C’est avec une profonde déception que les premiers Européens à la visiter découvrirent une ville sans attraits particuliers où de petites maisons construites en terre et couvertes de chaumes se succédaient le long d’étroites ruelles. Malgré ces désillusions, Tombouctou représente encore aujourd’hui pour les occidentaux le symbole de l’éloignement le plus total. Et de fait, il est encore extrêmement difficile d’atteindre cette région reculée qu’aucune route ne relie au reste du monde.

 Le berceau d’un Islam éclairé

Aujourd’hui, la véritable richesse de Tombouctou réside dans ses importantes collections de manuscrits rassemblés par des lettrés musulmans depuis le début du XIIIe siècle. Rapidement islamisée grâce aux contacts commerciaux avec le Nord, la ville est devenue au milieu du Moyen âge un important centre d’enseignement. Mais là non plus, nul trace des grandes universités coraniques qu’on a longtemps imaginées. L’enseignement de l’Islam se faisait par petits groupes dans les résidences des maîtres et était complété par des cours pratiques de commerce ou d’artisanat. Bien que très pieuse, Tombouctou offrait le visage d’un Islam modéré et tolérant. Au cours des siècles, des musulmans plus orthodoxes et extérieurs à la cité le lui reprochèrent épisodiquement en essayant de la soumettre à leur vision radicale de L’Islam. Et c’est encore une fois ce qui semble se passer aujourd’hui.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

Les Frères Musulmans nous trompent-ils?

4 Juil

Le fondateur de la confrérie des Frères Musulmans, Hassan Al-Banna prônait un retour à un islam des origines et rêvait à l’instauration d’Etats Musulmans. Mais c’était un modéré, un humaniste qui respectait les institutions et les autres religions. Ces contradictions donnent-elles raison à ceux accusent l’organisation de tenir un double discours trompeur, policé d’un côté et extrémiste de l’autre?

La dérive radicale de quelques membres isolés

Dès la fin des années 40, certains membres de l’organisation laïque créée en 1928 se radicalisent. Sacrifiant le principe de non violence à leur impatience, ces va-t-en guerres veulent employer la force et accélérer l’islamisation par le bas (voir l’article: « Mais qui sont les Frères Musulmans ? ») avec une islamisation par le haut. En 1948 un juge est assassiné par un jeune Frère qui souhaitait venger un membre de la confrérie condamné. Hassan Al-Banna, réprouve le crime mais dit comprendre le meurtrier et donne des justifications religieuses à son geste. Le double discours s’installe. Naît avec lui les premiers soupçons. Alors que les occidentaux et le pouvoir égyptiens voyaient d’un bon œil cette confrérie pacifiste qui militait notamment contre l’influence soviétique, ils commencent à s’interroger sur les motivations réelles de cette organisation qui galvanise les foules.

Montée des tensions et premiers débordements

Alimentant ces inquiétudes, des groupes de combattants sont créés par les Frères sur le modèle des groupes armés sionistes et envoyés combattre en Palestine. Hassan Al-Banna n’en est pas tenu informé, il commence à perdre le contrôle du mouvement qu’il a créé. Fin 48, la situation dégénère. Deux officiers anglais, puis le premier ministre Egyptien (voir la vidéo de ses obsèques sur l’INA) sont assassinés par des Frères. Tenue pour responsable, bien qu’il s’agisse d’actes isolés, la confrérie est dissoute par le roi Farouk. Nombre de ses responsables sont arrêtés et mis au cachot. C’est dans ce contexte très tendu que le 12 février 1949, Hassan Al-Banna se fait tirer dessus par un inconnu. Il avait pourtant multiplié les appels au calme, mais emmené en urgence à l’hôpital, un émissaire du gouvernement ordonne aux médecins de le laisser mourir.

Le succès de l’islamisation par le bas des sociétés musulmanes

Malgré ces coups durs et la longue période de persécution qui a suivi en Egypte, la confrérie a réussi en quelques décennies à imposer sa vision rigoriste de l’Islam et à transformer en profondeur les sociétés musulmanes d’Egypte et d’ailleurs. Mais les actions violentes n’ont pas contribué à ce succès. Menées par des illuminés se réclamant des Frères Musulmans, elles ont finalement été très rares et souvent condamnées par les leader de l’organisation. Il est donc difficile de coller une étiquette sur les Frères Musulmans. Répartis dans plusieurs pays, ils ne forment pas un ensemble uni et cohérent. Si l’idéal politique est globalement le même pour tous, ce sont ses interprétations qui opposent légalistes et extrémistes. Mais n’en déplaise aux Cassandre, les premiers ont jusqu’à présent toujours été largement majoritaire.

Un mouvement hétérogène mais majoritairement légaliste et modéré

Au lieu d’évoquer un double discours, peut-être devrions nous simplement reconnaître la diversité des courants de pensée qui traversent les Frères Musulmans pour faire le tri entre les modérés majoritaires et les extrémistes. Notons que l’organisation n’a pas participé directement aux révolutions arabes, préférant s’en tenir à sa discrétion habituelle et au souci qu’elle a de ne pas s’opposer frontalement aux pouvoirs en place. En Egypte, berceau de l’organisation, les Frères ont su employer à leur profit un mouvement populaire qu’ils n’avaient pas initié en faisant élire un des leurs à la présidence. Cette accession démocratique au pouvoir illustre le succès du projet d’Hassan Al-Banna, l’homme qui voulait convaincre les musulmans que l’Islam pourrait un jour diriger leur vie comme il dirigeait leur conscience sans recourir à la violence.

J.R.

Sources:

– TERNISIEN, Xavier, Les Frères Musulmans, éditions Fayard, 2011 (2005)
– Les archives de L’INA consacrées aux Frères Musulmans

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