Tombouctou : une cité fantasmagorique

11 Juil

Avant que des terroristes fondamentalistes ne se soient emparés de Tombouctou au printemps dernier en y imposant une pratique stricte et totalitaire de l’Islam, peu aurait pu placer cette ville fantasmagorique sur une carte de l’Afrique. Loin des considérations géopolitiques qui hantent aujourd’hui l’actualité, revenons sur l’histoire mystérieuse de cette ville perdue aux confins du Sahara.

 Une ville millénaire

Tombouctou est fondée vers 1100 dans le nord du Mali actuel, non loin du fleuve Niger et aux portes du Sahara. Cohabitaient alors dans cette région des populations sédentaires agricoles et des nomades Touaregs qui s’y ressourçaient avant de transhumer dans le désert. Haut lieu de l’enseignement islamique depuis le XIVe siècle Tombouctou était avant tout un important carrefour commercial, le point de départ des caravanes qui remontaient des denrées précieuses venues du Sud à travers le Sahara jusqu’aux rives de la Méditerranée. Avant la conquête de l’Amérique du Sud par les Espagnols et les Portugais, c’est par cette ville que transitait notamment la plus grande partie de l’or utilisé en Europe.

 Des mythes à la réalité

Avant sa découverte tardive par les Européens au XIXe siècle, Tombouctou représentait un eldorado inaccessible. De nombreux explorateurs sont morts en tentant de l’atteindre par le Sud en se frayant un passage dans d’épaisses forêts ou en passant par le Nord à travers les portions les plus arides du Sahara. On a longtemps cru que ses rues étaient pavées d’or. C’est avec une profonde déception que les premiers Européens à la visiter découvrirent une ville sans attraits particuliers où de petites maisons construites en terre et couvertes de chaumes se succédaient le long d’étroites ruelles. Malgré ces désillusions, Tombouctou représente encore aujourd’hui pour les occidentaux le symbole de l’éloignement le plus total. Et de fait, il est encore extrêmement difficile d’atteindre cette région reculée qu’aucune route ne relie au reste du monde.

 Le berceau d’un Islam éclairé

Aujourd’hui, la véritable richesse de Tombouctou réside dans ses importantes collections de manuscrits rassemblés par des lettrés musulmans depuis le début du XIIIe siècle. Rapidement islamisée grâce aux contacts commerciaux avec le Nord, la ville est devenue au milieu du Moyen âge un important centre d’enseignement. Mais là non plus, nul trace des grandes universités coraniques qu’on a longtemps imaginées. L’enseignement de l’Islam se faisait par petits groupes dans les résidences des maîtres et était complété par des cours pratiques de commerce ou d’artisanat. Bien que très pieuse, Tombouctou offrait le visage d’un Islam modéré et tolérant. Au cours des siècles, des musulmans plus orthodoxes et extérieurs à la cité le lui reprochèrent épisodiquement en essayant de la soumettre à leur vision radicale de L’Islam. Et c’est encore une fois ce qui semble se passer aujourd’hui.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

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Une Réponse to “Tombouctou : une cité fantasmagorique”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Tombouctou et l’intégrisme religieux « unoeildansleretro - juillet 20, 2012

    […] nous l’évoquions dans un article précédent (voir l’article: “Tombouctou: une cité fantasmagorique“), les populations sédentaires qui contrôlent traditionnellement Tombouctou pratiquaient un […]

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