Archive | août, 2012

Le jour où l’homme découvrit la Lune

15 Août

 Depuis l’Antiquité, les hommes regardaient le ciel et ses constellations sans voir autre chose dans les astres que des petites lumières allumées au dessus de leurs têtes. Mais à la fin du 16ème  siècle, le progrès des lunettes astronomiques va bouleverser la vision qu’avaient les hommes de l’univers et de leur petite planète.

Le système solaire dévoilé par Galilée

Une nuit de l’automne 1609, Galilée braque pour la première fois sa lunette d’invention hollandaise en direction de la Lune. Il a passé plusieurs semaines à l’améliorer et cette nuit il y voit enfin à peu près clair. Le spectacle qu’il observe dans son télescope de fortune le bouleverse : des montagnes, des cratères, des plaines accidentées ! La Lune n’est donc pas l’astre parfait, totalement lisse et sans aspérité que l’on imaginait alors. En balayant la voute céleste il est pris de vertige en distinguant un nombre considérable d’étoiles qu’il n’avait encore jamais vu à l’œil nu. Dans cette immensité, il devine les anneaux de Saturne, observe aussi Mars, Venus, Jupiter et constatent leurs différences, leurs couleurs, leurs tâches.

Des découvertes classées « secret défense »

La terre n’est donc qu’une poussière parmi d’autres et l’univers est gigantesque, bien plus grand que personne ne l’avait jamais imaginé. Galilée a maintenant les preuves formelles de ce qui n’étaient auparavant que des hypothèses condamnées fermement par l’Eglise. Dix ans plus tôt on avait brûlé un moine défroqué qui avait osé affirmer que le Soleil n’était une simple étoile. Peu rassuré à la perspective de finir sur un bûcher, Galilée dévoile discrètement ses découvertes. Une prudence qui ne l’empêche pas à la fin de sa vie d’être obligé par le Saint-Siège d’abjurer ses thèses jugées hérétiques en cette période des guerres de religions. La Contre Réforme et son emprise idéologique entravent les avancées de l’astronomie et les observations du ciel à la lunette astronomique demeurent très confidentielles pendant quelques décennies.

L’idée d’une vie extraterrestre

Dès 1650, les guerres de religions se soldent en France par la défaite des protestants, le dogme s’assouplit et il devient de bon ton à la cour du Roi-Soleil d’observer les astres. On se met à bricoler dans les salons versaillais, des lunettes artisanales de toutes dimensions. Sur la Lune, les gentilshommes croient deviner des vallées et des continents bordés de mers. Sur Mars, l’astronome Christiaan Huygens, invité à la cour observe pour la première fois une petite tâche blanche, la calotte glaciaire nord de la planète. S’enracinent alors dans les esprits éclairés de l’époque que les planètes sont peut-être d’autres terres, habitées par d’autres civilisations, d’autres peuples. Malgré cet enthousiasme, l’intérêt pour les observations astronomiques décline rapidement en raison des faibles progrès de l’optique, mais pour la première fois dans l’histoire apparaît le concept d’une vie extraterrestre.

J.R.

Sources:

– Alain GIRAUD-RUBY, Le ciel dans la tête, une histoire de l’astronomie, Actes Sud, Paris, 2010.
– Bernard MAITTE, Cosmos, une histoire des représentations de l’univers, Alias, Paris, 1994.

Publicités

L’Olympisme, une nouvelle religion ?

1 Août

Depuis leur création, les Jeux Olympiques n’ont cessé de se développer et suscitent un engouement populaire unique. Avec ses rîtes, ses pèlerins, son éthique, ses légendes et ses cathédrales l’Olympisme ressemble de plus en plus à une religion où les athlètes seraient les saints et Nelson Monfort, le grand prêtre.

La grand-messe de la modernité

Lorsque Pierre de Coubertin remet les Jeux Olympiques au goût du jour à la fin du 19ème siècle, il veut principalement les utiliser pour promouvoir l’éducation sportive. Il considère en effet que les exercices physiques sont indispensables à la formation d’un esprit sain et à la transmission de valeurs humanistes, mais il y a aussi dans son projet une forte dimension internationaliste. C’est la Belle Epoque, les empires coloniaux s’étendent sur le monde entier et on a toute confiance dans l’idée de progrès. En plus de rassembler les peuples et de tenter d’enfermer les affrontements nationalistes dans un cadre ludique, les Jeux Olympiques doivent célébrer la réussite du monde moderne. Dès leur création, il sont donc déjà très chargés de symboles.

Un Mythe contemporain occidental

Aujourd’hui, les Jeux Olympiques modernes sont à la fois l’organisation internationale rassemblant le plus de pays et la première entreprise de spectacle au monde. Mais ils incarnent surtout une puissante mythologie contemporaine. Avec la chartre olympique, ils proposent un modèle universel où se mêlent pacifiquement les cultures et les peuples (voir l’article : Pas de civilisation grecque sans Jeux Olympiques ! ). Ils sont devenu le mythe moderne qui nous donne à croire qu’une gouvernance mondiale est possible. Les Jeux ont une mission symbolique très forte, ils rappellent aux hommes qu’ils font partie d’un grand tout et que le modèle occidental est le seul capable de l’organiser pacifiquement. L’Olympisme correspond à une mise en ordre du monde, avec l’Occident à sa tête. Les polémiques concernant les athlètes saoudiennes voilées révèlent d’ailleurs la volonté des occidentaux de garder un contrôle culturel sur les Jeux Olympiques.

La machine à rêves d’une société morose

Il serait néanmoins dommage de réduire l’Olympisme à une entreprise de propagande et d’autosatisfaction du monde occidental capitaliste. C’est avant tout un spectacle rassembleur. Éclairés par la flamme olympique, les peuples sortent de l’ombre et se redécouvre des ambitions communes. L’intense investissement affectif et fusionnel que les Jeux Olympiques suscitent répond à la perte de sens commun à laquelle sont confrontées les sociétés occidentales. Puissant palliatif au désinvestissement religieux, le spectacle sportif libère les pulsions et rappelle inconsciemment au spectateur la nécessité du respect des règles, des codes et le rejet de la violence extrême. On s’identifie aux athlètes qui donnent vie à cette communion laïque en lui donnant les traits d’un drame antique avec ses héros et ses belles histoires qui soulagent un moment de ses peines un monde occidental en crise.

J.R.

Sources :

– COUBERTIN, Pierre de, Coubertin autographe, éd. Cabédita, Lausanne, 2003.
– AUGUSTIN, Jean-Pierre, GILLON, Pascal, l’Olympisme : bilan et enjeux géopolitiques, A.Collin, Paris 2004.
– BERNAND, André, La joie des jeux : aux origines du sport olympique, Tana, Londres, 2003.

%d blogueurs aiment cette page :