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L’Olympisme, une nouvelle religion ?

1 Août

Depuis leur création, les Jeux Olympiques n’ont cessé de se développer et suscitent un engouement populaire unique. Avec ses rîtes, ses pèlerins, son éthique, ses légendes et ses cathédrales l’Olympisme ressemble de plus en plus à une religion où les athlètes seraient les saints et Nelson Monfort, le grand prêtre.

La grand-messe de la modernité

Lorsque Pierre de Coubertin remet les Jeux Olympiques au goût du jour à la fin du 19ème siècle, il veut principalement les utiliser pour promouvoir l’éducation sportive. Il considère en effet que les exercices physiques sont indispensables à la formation d’un esprit sain et à la transmission de valeurs humanistes, mais il y a aussi dans son projet une forte dimension internationaliste. C’est la Belle Epoque, les empires coloniaux s’étendent sur le monde entier et on a toute confiance dans l’idée de progrès. En plus de rassembler les peuples et de tenter d’enfermer les affrontements nationalistes dans un cadre ludique, les Jeux Olympiques doivent célébrer la réussite du monde moderne. Dès leur création, il sont donc déjà très chargés de symboles.

Un Mythe contemporain occidental

Aujourd’hui, les Jeux Olympiques modernes sont à la fois l’organisation internationale rassemblant le plus de pays et la première entreprise de spectacle au monde. Mais ils incarnent surtout une puissante mythologie contemporaine. Avec la chartre olympique, ils proposent un modèle universel où se mêlent pacifiquement les cultures et les peuples (voir l’article : Pas de civilisation grecque sans Jeux Olympiques ! ). Ils sont devenu le mythe moderne qui nous donne à croire qu’une gouvernance mondiale est possible. Les Jeux ont une mission symbolique très forte, ils rappellent aux hommes qu’ils font partie d’un grand tout et que le modèle occidental est le seul capable de l’organiser pacifiquement. L’Olympisme correspond à une mise en ordre du monde, avec l’Occident à sa tête. Les polémiques concernant les athlètes saoudiennes voilées révèlent d’ailleurs la volonté des occidentaux de garder un contrôle culturel sur les Jeux Olympiques.

La machine à rêves d’une société morose

Il serait néanmoins dommage de réduire l’Olympisme à une entreprise de propagande et d’autosatisfaction du monde occidental capitaliste. C’est avant tout un spectacle rassembleur. Éclairés par la flamme olympique, les peuples sortent de l’ombre et se redécouvre des ambitions communes. L’intense investissement affectif et fusionnel que les Jeux Olympiques suscitent répond à la perte de sens commun à laquelle sont confrontées les sociétés occidentales. Puissant palliatif au désinvestissement religieux, le spectacle sportif libère les pulsions et rappelle inconsciemment au spectateur la nécessité du respect des règles, des codes et le rejet de la violence extrême. On s’identifie aux athlètes qui donnent vie à cette communion laïque en lui donnant les traits d’un drame antique avec ses héros et ses belles histoires qui soulagent un moment de ses peines un monde occidental en crise.

J.R.

Sources :

– COUBERTIN, Pierre de, Coubertin autographe, éd. Cabédita, Lausanne, 2003.
– AUGUSTIN, Jean-Pierre, GILLON, Pascal, l’Olympisme : bilan et enjeux géopolitiques, A.Collin, Paris 2004.
– BERNAND, André, La joie des jeux : aux origines du sport olympique, Tana, Londres, 2003.

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Pas de civilisation grecque sans Jeux Olympiques !

25 Juil parthenon

Les jeux Olympiques de Londres nous raccrochent à une histoire lointaine. Ils marquent une filiation entre la civilisation grecque qui les a inventés et notre civilisation contemporaine occidentale qui les a rénovés. C’est le seul événement, malgré une interruption de plusieurs siècles, qui nous relie directement à l’Antiquité. Déjà à l’époque, les Jeux Olympiques représentaient bien plus qu’une simple compétition sportive.

La récréation des guerres grecques de l’Antiquité

Les premières traces des jeux de l’Antiquité remontent au IXe siècle avant notre ère. C’est le roi d’Elide qui en aurait eu l’idée. Il était à la tête d’un petit royaume sans défense, en proie aux luttes incessantes auxquelles se livraient ses voisins. Pour épargner la guerre à son peuple, il proposa que son état soit reconnu neutre. En échange, il accueillerait tous les 4 ans une grande cérémonie religieuse et sportive à Olympie. L’ensemble des cités grecques y enverrait son champion et une trêve générale serait instaurée pour leur permettre de traverser la Grèce sans danger. Poussée par le besoin de souffler entre les conflits, la plupart des citées grecques adhérèrent à l’idée olympique. Ainsi dès 776 av. J.-C. les jeux furent organisé régulièrement et le petit royaume d’Elide eu la paix pendant plusieurs siècles.

Le même spectacle qu’aujourd’hui

Les épreuves et le nombre des participants étaient beaucoup plus faibles qu’aujourd’hui, mais les jeux de l’Antiquité étaient très semblables aux Jeux Olympiques contemporains. Dédiés à l’origine à la domination de Zeus, c’est l’esprit grec qu’on célébrait plus généralement à travers cette grande compétition sportive. Les athlètes qui honoraient les dieux et leurs cités respectives par leurs victoires croulaient sous les honneurs. Les plus titrés d’entre eux étaient connus dans la Grèce entière. Progressivement, ils se mirent à défendre les couleurs de la cité qui leur promettait la plus grosse prime en cas de victoire, marquant ainsi les grands les débuts du sport professionnel. Mais au-delà de la compétition sportive, les jeux ont rapidement pris un rôle fondamental pour le monde grec.

Le ciment idéologique du monde grec

Tous les 4 ans, ils marquent une période de paix pendant laquelle les différents peuples grecs prennent la mesure de tout ce qui les rapproche et les unis. Les Jeux Olympiques sont le seul événement qui donne une réalité politique au monde grec et célèbre sa supériorité sur les mondes dits « barbares ». Ils ont donc eu un rôle essentiel pour fédérer les Grecs, notamment lorsque ceux-ci étaient menacés par les Perses. Sans le succès de ce puissant ciment idéologique que représentaient les Jeux Olympiques pour les Grecs de l’Antiquité, nous ne parlerions peut-être pas aujourd’hui d’une « civilisation grecque ». Les Jeux Olympiques de l’ère moderne représentent-ils à leur tour l’assurance vie du modèle occidental  ? Ne seraient-ils qu’un outil idéologique célébrant sa cohésion et sa supériorité ? A suivre.

J.R.

Sources :

– COUBERTIN, Pierre de, Coubertin autographe, éd. Cabédita, Lausanne, 2003.
– AUGUSTIN, Jean-Pierre, GILLON, Pascal, l’Olympisme : bilan et enjeux géopolitiques, A.Collin, Paris 2004.
– BERNAND, André, La joie des jeux : aux origines du sport olympique, Tana, Londres, 2003.

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