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L’innocence des coptes d’Egypte

20 Sep l'innocence des coptes d'Egypte

Sans s’étendre sur son contenu et ses répercussions, le film Innoncense of Muslim, attribué à un californien d’origine copte, lève le voile sur cette communauté égyptienne aussi importante que discrète. Comment les coptes vivent le printemps arabe égytpien, quel rôle y jouent-ils, en ont-ils un d’ailleurs et de quel côté se rangent-ils ?

Le peuple des pharaons

Malgré le silence de l’état égytpien à ce sujet on estime que plus de 10 millions de coptes vivent aujourd’hui en Egypte. Ce sont les descendants directs des Egytpiens de l’époque pharaonique auxquels se sont mêlés au fil des invasions, Grecs puis Romains. Rapidement christianisés dès les premiers siècles de notre ère, les coptes subissent de plein fouet la conquête arabe en 639 et doivent rapidement se soumettre aux envahisseurs. Depuis cette invasion, les coptes sont devenus les serviteurs des musulmans, considéré par ces derniers comme des individus de second rang. Cet asservissement plusieurs fois séculaire fût néanmoins entrecoupé d’épisodes heureux où coptes et musulmans ont réussi à vivre dans un respect mutuel.

Le retour des jours sombres

A la fin des années 2000, l’animosité ancestrale d’une partie des musulmans envers les coptes resurgit brutalement. Le racisme et les discriminations prirent à nouveau le dessus et s’emparèrent de foules entières. Les premiers pogroms apparaissent fin 1999 et se multiplient tout au long des années 2000 avec une intensité croissante, sans que les forces de police ne cherche réellement à s’interposer entre agresseurs et agressés. Des coptes sont mis en prison pour des motifs obscures alors que leurs filles sont enlevées puis violées sans que leur tortionaires ne soient inquiétés par les autorités. Mais pendant la révolution, les haineux se sont trouvés d’autres boucs émissaires, et les coptes, bien heureux de retrouver un peu de tranquillité à  l’ombre de ces événements, n’ont pour la plupart pas participé activement aux manifestations.

Au chevet de la révolution

D’une certaine manière, la révolution en Egypte a profité et profite toujours aux coptes . Alors aujourd’hui, lorsque la rue excitée par les fondamentalistes s’embrase à nouveau à cause d’un film stupide, ce sont les Coptes eux-mêmes qui cherchent à calmer le jeu pour préserver la paix relative qui s’est installé en Egypte entre coptes et musulmans ces derniers mois. Ainsi, le Pape par intérim de l’Eglise copte, Anba Pachomios, a dénoncé le film le propos du film Innocence of Mueslim : « Laissez-nous en paix, nous sommes capables de vivre sous la protection et avec l’amour des Musulmans », a-t-il notamment déclaré. Cette candeur peut surprendre quand on sait la violence séculaire qui a dicté les rapports entre coptes et musulmans au fil des siècles, mais dans cette région du monde où les susceptibilités sont extraordinaires, elle est aussi la marque de l’intelligence politique millénaire de cette antique communauté.

JR.

Sources :

– ZAKI, Magdi Sami, Histoire des coptes d’Egypte, éditions de Paris, Paris, 2005.
– ZIBAWI, Mahmoud, Les coptes, L’église du peule des pharaons, La Table Ronde, Paris, 2006.
– http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120914.OBS2406/egypte-les-coptes-entre-indifference-et-angoisse.html
– http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=14434

Tombouctou et l’intégrisme religieux

18 Juil manuscrits tombouctou

Comment doit-on comprendre la prise de pouvoir de Tombouctou par des intégristes musulmans? N’est-ce que la répétition des luttes séculaires qui ont toujours opposées épisodiquement les Touaregs et les populations sédentaires de la région ou sommes-nous face à un phénomène nouveau ?

 Des luttes intestines plusieurs fois séculaires

Comme nous l’évoquions dans un article précédent (voir l’article: « Tombouctou: une cité fantasmagorique« ), les populations sédentaires qui contrôlaient traditionnellement Tombouctou pratiquaient un islam modéré. Depuis la fondation de la cité, elles sont souvent entrées en conflit avec les Touaregs nomades qui leur reprochaient notamment leur manque d’orthodoxie. Lorsque le pouvoir central installé plus au Sud faiblissait, ils en profitaient pour s’emparer de la ville et y rétablir les « bonnes moeurs ». Malgré les luttes, ces deux groupes qui cohabitent dans la région de Tombouctou depuis des siècles sont trop complémentaires et interdépendants pour s’affronter durablement. Ainsi, ils ont toujours su se rassembler pour opposer une résistance farouche et déterminée aux envahisseurs marocains, portugais, anglais puis français qui se sont succédés les uns après les autres au fil des siècles pour tenter de conquérir la ville mythique.

 La reproduction d’un schéma historique 

Lorsque le 22 mars dernier la junte renverse le pouvoir central malien à Bamako et que les touaregs du MLNA profitent dans la foulée de cette instabilité politique pour prendre le contrôle de Tombouctou, on pourrait croire que l’histoire ne faisait que se répéter une fois de plus. La lutte d’influence entre sédentaires et nomades s’inscrivant ainsi parfaitement dans une continuité historique. Les Touaregs ont profité de la débâcle des armées de Kadhafi au printemps dernier pour s’emparer de leurs armes et de leurs missiles. Fort de cet arsenal providentiel glané suite à l’intervention occidentale en Lybie, ils se sont alliés avec les islamistes fondamentalistes d’Aqmi et des groupes de djihadistes venus des quatre coins du monde musulmans pour prendre le contrôle de Tombouctou, comme à chaque fois depuis plusieurs siècles que le pouvoir central qui contrôlait la ville depuis le Sud périclitait.

L’intrusion des fondamentalistes religieux

Mais cette alliance de circonstance entre Touaregs et salafistes s’est rapidement disloquée en faveur de ces derniers. Peu après s’être emparés de Tombouctou, les Touaregs du MLNA en ont rapidement été chassés par leurs anciens alliés djihadistes qui contrôlent désormais seuls ce haut lieu d’un Islam tolérant et éclairé, imposant la charia à ses habitants et saccageant sans vergogne les très anciennes collections de manuscrits de la ville. Ces intrus ont profité d’une crise politique et humanitaire pour déplacer dans cette région de l’Afrique leur guerre aveugle contre l’Occident et contre tous ceux qu’ils considèrent être de mauvais musulmans. Il ne reste plus à espérer aujourd’hui qu’ils connaissent le même sort que les envahisseurs d’antan et que les populations sédentaires et nomades de la région s’unissent pour vaincre ensemble ces étrangers violents et destructeurs.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

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