Tag Archives: touaregs

Tombouctou et l’intégrisme religieux

18 Juil manuscrits tombouctou

Comment doit-on comprendre la prise de pouvoir de Tombouctou par des intégristes musulmans? N’est-ce que la répétition des luttes séculaires qui ont toujours opposées épisodiquement les Touaregs et les populations sédentaires de la région ou sommes-nous face à un phénomène nouveau ?

 Des luttes intestines plusieurs fois séculaires

Comme nous l’évoquions dans un article précédent (voir l’article: « Tombouctou: une cité fantasmagorique« ), les populations sédentaires qui contrôlaient traditionnellement Tombouctou pratiquaient un islam modéré. Depuis la fondation de la cité, elles sont souvent entrées en conflit avec les Touaregs nomades qui leur reprochaient notamment leur manque d’orthodoxie. Lorsque le pouvoir central installé plus au Sud faiblissait, ils en profitaient pour s’emparer de la ville et y rétablir les « bonnes moeurs ». Malgré les luttes, ces deux groupes qui cohabitent dans la région de Tombouctou depuis des siècles sont trop complémentaires et interdépendants pour s’affronter durablement. Ainsi, ils ont toujours su se rassembler pour opposer une résistance farouche et déterminée aux envahisseurs marocains, portugais, anglais puis français qui se sont succédés les uns après les autres au fil des siècles pour tenter de conquérir la ville mythique.

 La reproduction d’un schéma historique 

Lorsque le 22 mars dernier la junte renverse le pouvoir central malien à Bamako et que les touaregs du MLNA profitent dans la foulée de cette instabilité politique pour prendre le contrôle de Tombouctou, on pourrait croire que l’histoire ne faisait que se répéter une fois de plus. La lutte d’influence entre sédentaires et nomades s’inscrivant ainsi parfaitement dans une continuité historique. Les Touaregs ont profité de la débâcle des armées de Kadhafi au printemps dernier pour s’emparer de leurs armes et de leurs missiles. Fort de cet arsenal providentiel glané suite à l’intervention occidentale en Lybie, ils se sont alliés avec les islamistes fondamentalistes d’Aqmi et des groupes de djihadistes venus des quatre coins du monde musulmans pour prendre le contrôle de Tombouctou, comme à chaque fois depuis plusieurs siècles que le pouvoir central qui contrôlait la ville depuis le Sud périclitait.

L’intrusion des fondamentalistes religieux

Mais cette alliance de circonstance entre Touaregs et salafistes s’est rapidement disloquée en faveur de ces derniers. Peu après s’être emparés de Tombouctou, les Touaregs du MLNA en ont rapidement été chassés par leurs anciens alliés djihadistes qui contrôlent désormais seuls ce haut lieu d’un Islam tolérant et éclairé, imposant la charia à ses habitants et saccageant sans vergogne les très anciennes collections de manuscrits de la ville. Ces intrus ont profité d’une crise politique et humanitaire pour déplacer dans cette région de l’Afrique leur guerre aveugle contre l’Occident et contre tous ceux qu’ils considèrent être de mauvais musulmans. Il ne reste plus à espérer aujourd’hui qu’ils connaissent le même sort que les envahisseurs d’antan et que les populations sédentaires et nomades de la région s’unissent pour vaincre ensemble ces étrangers violents et destructeurs.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

Tombouctou : une cité fantasmagorique

11 Juil

Avant que des terroristes fondamentalistes ne se soient emparés de Tombouctou au printemps dernier en y imposant une pratique stricte et totalitaire de l’Islam, peu aurait pu placer cette ville fantasmagorique sur une carte de l’Afrique. Loin des considérations géopolitiques qui hantent aujourd’hui l’actualité, revenons sur l’histoire mystérieuse de cette ville perdue aux confins du Sahara.

 Une ville millénaire

Tombouctou est fondée vers 1100 dans le nord du Mali actuel, non loin du fleuve Niger et aux portes du Sahara. Cohabitaient alors dans cette région des populations sédentaires agricoles et des nomades Touaregs qui s’y ressourçaient avant de transhumer dans le désert. Haut lieu de l’enseignement islamique depuis le XIVe siècle Tombouctou était avant tout un important carrefour commercial, le point de départ des caravanes qui remontaient des denrées précieuses venues du Sud à travers le Sahara jusqu’aux rives de la Méditerranée. Avant la conquête de l’Amérique du Sud par les Espagnols et les Portugais, c’est par cette ville que transitait notamment la plus grande partie de l’or utilisé en Europe.

 Des mythes à la réalité

Avant sa découverte tardive par les Européens au XIXe siècle, Tombouctou représentait un eldorado inaccessible. De nombreux explorateurs sont morts en tentant de l’atteindre par le Sud en se frayant un passage dans d’épaisses forêts ou en passant par le Nord à travers les portions les plus arides du Sahara. On a longtemps cru que ses rues étaient pavées d’or. C’est avec une profonde déception que les premiers Européens à la visiter découvrirent une ville sans attraits particuliers où de petites maisons construites en terre et couvertes de chaumes se succédaient le long d’étroites ruelles. Malgré ces désillusions, Tombouctou représente encore aujourd’hui pour les occidentaux le symbole de l’éloignement le plus total. Et de fait, il est encore extrêmement difficile d’atteindre cette région reculée qu’aucune route ne relie au reste du monde.

 Le berceau d’un Islam éclairé

Aujourd’hui, la véritable richesse de Tombouctou réside dans ses importantes collections de manuscrits rassemblés par des lettrés musulmans depuis le début du XIIIe siècle. Rapidement islamisée grâce aux contacts commerciaux avec le Nord, la ville est devenue au milieu du Moyen âge un important centre d’enseignement. Mais là non plus, nul trace des grandes universités coraniques qu’on a longtemps imaginées. L’enseignement de l’Islam se faisait par petits groupes dans les résidences des maîtres et était complété par des cours pratiques de commerce ou d’artisanat. Bien que très pieuse, Tombouctou offrait le visage d’un Islam modéré et tolérant. Au cours des siècles, des musulmans plus orthodoxes et extérieurs à la cité le lui reprochèrent épisodiquement en essayant de la soumettre à leur vision radicale de L’Islam. Et c’est encore une fois ce qui semble se passer aujourd’hui.

J.R.

Sources:

– Tor A. BENJAMINSEN , Gunnvor BERGE, Une histoire de Tombouctou, Actes Sud, trad. Yves Boutroue, 2004(2000), Paris.
Le Monde.fr, Urgence à Tombouctou, 13 juillet 2012.
Le Nouvel Observateur, Mali, comment arrêter les fous de Dieu ?, 17 juillet 2012.

%d blogueurs aiment cette page :